Andy Warhol et le pop art

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Peter Blake, On the balcony, 1955-57

Diaporama en powerpoint : Warhol_pop-art

Diaporama en PDF : Warhol_pop-art

Richard Hamilton, Just what it makes today’s homes so different, so appealing ?, 1956

Le pop art commence en Grande-Bretagne, très peu de temps avant les États-Unis. Ce collage est le manifeste de ce mouvement. La technique du collage se réfère explicitement au mouvement Dada : on a ainsi nommé néo-dadaïstes certains mouvements artistiques d’après-guerre, comme le pop art, mais aussi Fluxus, par exemple.

Ce collage semble célébrer, un peu ironiquement, la société de consommation. On voit un intérieur « moderne » en ville (on aperçoit un cinéma par la fenêtre) rempli de mobilier, d’images et de quelques appareils ménagers. Des photos tirées de magazines y représentent l’homme et la femme idéaux de ce nouveau monde… à ceci près que la femme est présente sous deux aspects très différents : la pin-up et la ménagère (celle qui tient l’aspirateur, au fond à gauche) ! L’homme tient une sucette géante sur laquelle on lit le mot « pop ». On est dans la provocation contre le « grand art » et, en même temps, dans une réflexion critique sur le monde.

Le collage sert ici à montrer que cet univers de la consommation est fait d’une accumulation totale, mais sans unité, de choses hétéroclites. Le seul lien qui les réunit, c’est que tout y est marchandise. L’enjeu du pop art, c’est de considérer la culture de masse des médias comme une culture populaire et d’en tirer de nouveaux sujets capables d’exprimer l’esprit de l’époque.

Jasper Johns, Flag, 1954-55

Cet artiste n’est pas un artiste pop, mais il va avoir une grande influence sur ce mouvement en Amérique. Son problème est de réintégrer à la peinture le ready-made (objet tout fait choisit par l’artiste) et tout ce qui sort du système des beaux-arts depuis Dada. Ainsi, il peindra des objets signalétiques ou conventionnels, tels que : carte des États-Unis, cible, chiffres et, comme ici, drapeaux des États-Unis…

Cette appropriation de l’univers visuel de la société de consommation, de l’espace urbain et de la publicité sera systématisé par les artistes du pop art.

Andy Warhol, Marilyn, 1967

Andy Warhol va particulièrement s’intéresser aux stars. Les portraits de Marilyn, qu’il réalise à partir d’une photographie publicitaire pour un film dans lequel elle a joué (Niagara, de Henry Hathaway, 1953), sont les plus célèbres.

Pour ces portraits, comme pour la plupart de ses peintures, il utilise la sérigraphie. Même maniée à la main, cette technique permet de répéter la même figure un grand nombre de fois. Elle permet aussi de superposer et combiner plusieurs plages d’impression en utilisant plusieurs écrans. Warhol va réintroduire de l’unicité, de la variation dans la répétition en provoquant des accidents : légers décalages, bavures, etc.

Appliqué à la figure humaine, ce procédé la rapproche de l’objet en série, produit industriellement, de la marchandise, encore. La répétition, la production industrielle impliquent une simplification, voire un appauvrissement de la forme. Warhol est conscient et intéressé par l’inquiétude, voire la mélancolie, que cela peut provoquer chez le spectateur. Mais son ironie dans la répétition visent à vaincre cette inquiétude, car il aspire à s’adapter au monde de la marchandise, non à le critiquer, et à y gagner le plus d’argent possible.

Pour lui, l’art doit faire partie du monde des affaires, plus que de la culture. Warhol refuse la séparation entre art et intérêt (le désintéressement) et anticipe ainsi sur certaines attitudes dans « l’art contemporain » d’aujourd’hui.

Andy Warhol, Autoportrait, 1966

Il montre ainsi qu’il veut lui-même s’intégrer à ce monde, en traitant ses autoportraits de la même manière que les portraits de star.

Andy Warhol, Boîtes de soupe Campbell, 1962

Les premiers thèmes de Warhol sont des objets, des marchandises trouvées au supermarché. On voit bien là comment il fait la synthèse entre la réflexion de Jasper Johns sur l’objet préfabriqué en série introduit dans l’art et le projet de s’emparer de nouveaux sujets pour représenter et exprimer son époque. Se fait jour aussi le refus de la hiérarchie entre « haute culture » et culture de masse (ou « grand public », comme on dit pudiquement en France).

Andy Warhol, Boîtes Brillo, 1964

Là aussi, Warhol reprend ironiquement la démarche de Johns : réintégrer dans la (grande) peinture moderne les objets de la vie quotidienne et des formes esthétiques non artistiques, comme la « publicité ». Mais Warhol fait, en quelque sorte l’opération inverse : il intègre la peinture artistique dans le monde de la marchandise. En effet, ici, il copie minutieusement des caisses d’emballage de supermarché : il fait faire des caisses de bois aux mêmes dimensions que les boîtes en carton « brillo » et il y reproduit à la main le logo de la marque. De telle sorte que, si on les plaçait dans un grand magasin, ces boîtes seraient indiscernables à l’œil nu des « vraies » boîtes de la marque « brillo ». Ainsi se perpétue la rencontre et parfois la confusion entre l’art et ce qui n’en est pas, et aussi entre l’art et la vie.

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Jasper Johns, Savarin, bronze peint, 1960

 

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