Portraits d’écrivains

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Gustave Courbet, L’atelier du peintre, 1855

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Hans Holbein, Érasme écrivant, 1523

C’est l’un des premiers portraits personnels d’écrivain. Erasme a connu et aidé Holbein dès ses débuts. Ce portrait montre en effet que les deux hommes se connaissaient bien. Le peintre observe l’écrivain absorbé dans son activité : il est en train de rédiger son commentaire de l’Évangile selon Saint-Marc.

Érasme est l’un des tout premiers humanistes : grâce à son savoir, il peut et il veut se faire sa propre opinion sur les textes anciens. Mais il voudra aussi les rendre accessibles à tout le monde par des traductions de qualité, pour que chacun puisse les lire et se faire aussi sa propre opinion. C’est cela l’humanisme : le respect des grands textes qui nourrissent la pensée et le désir de permettre à chacun le libre examen de leur sens. Cela suppose aussi une confiance dans la vérité.

Le peintre observe le savant au travail : en pleine concentration, il oublie qu’il y a quelqu’un d’autre. Son, visage de profil se détache bien sur le fond vert. L’expression est caractéristique : le regard baissé vers l’écriture, l’œil mi-clôt, le sourcil haussé et légèrement froncé, un léger sourire placide de sobre satisfaction, avec un pli d’ironie à la commissure des lèvres. Il est habillé chaudement, condition nécessaire à la concentration. La richesse de l’habillement montre aussi son statut social élevé : c’est un bourgeois, citoyen de Bâle.

Outre le visage, ce sont les mains qui attirent notre attention. La main gauche est posée sur la feuille de papier pour la maintenir et aussi servir de repère. La main droite tient le stylet avec application en traçant de petits caractères. La peau des mains est finement rendue, ainsi que les bagues.

Des couleurs froides du fond et des vêtements, se détachent ainsi les formes aux couleurs plus chaudes du visage et des mains. Tout indique la sérénité d’une tâche maîtrisée et la calme réflexion du philosophe.

Gustave Courbet, Portrait de Charles Baudelaire, 1847

Là aussi, le portrait suggère l’amitié intime entre le peintre et l’écrivain. Le poète se trouve ici chez le peintre, qui le représentera également dans son grand tableaumanifesteL’atelier du peintre, de 1855. Il le place au premier plan à la droite du tableau, comme une figure tutélaire de la poésie veillant sur son œuvre.

Baudelaire est représenté lisant et non écrivant. Il n’a pas encore atteint la maturité, qui sera marquée par la publication des Fleurs du mal, en 1857 ; il est encore en formation. Mais, la lecture est aussi une façon de se mettre à part, dans un monde où l’humanisme du temps d’Érasme a laissé la place au commerce, au centre de la vie sociale. Chez son ami Courbet, lui aussi rebelle à l’ordre établi, et sous son regard amical et complice reproduit en peinture, le poète peut s’y adonner en toute tranquillité. Les tons chauds qui dominent l’ensemble du tableau suggèrent la qualité de cet accueil.

Baudelaire est habillé en « bohème« , la tenue des artistes et poètes vivant en marge de la société bourgeoise et qui en refusent les règles. Il fume la pipe comme un marin, porte les cheveux courts comme un ouvrier ou un bagnard et n’a pas de costume : sa grossière chemise bleue sans col est fermée par un grand foulard orange noué à la hâte, le tout est recouvert d’un manteau brun. Il ira jusqu’à se faire teindre les cheveux en vert… Son apparence n’a rien de commun avec celle du bourgeois en redingote noire !

Felix Nadar, Baudelaire, 1855

Baudelaire était aussi un dandy, c’est-à-dire quelqu’un qui affirme son unicité et pour qui tout doit être soumis à sa sensibilité. Il ne néglige rien, car tout a un sens pour lui, dans les moindres détails, y compris sa tenue vestimentaire, qui ne doit pas être dictée par les conventions, ni même par la mode, ou la nature, mais par l’esprit le plus personnel. L’apparence doit exprimer la personnalité, l’essentiel : une esthétique de l’unique.

C’est ainsi que le capte Nadar, avec cet air de défi à la médiocrité qui va le conduire à publier Les Fleurs du mal, deux ans plus tard.

Eugène Decisy, Baudelaire (frontispice de la réédition des Fleurs du mal), 1917

Ici, l’artiste tente une évocation des figures qui hantent l’imagination du poète.

James Joyce en 1904

Cette photographie anonyme montre un des plus grands écrivains modernes, dans sa jeunesse. Il a 22 ans, fréquente les bars, boit beaucoup et se bagarre volontiers. On voit là un jeune Irlandais révolté et plein de vigueur, un vrai gaillard !

Il n’est pas habillé comme un dandy (il le sera plus tard), mais comme un étudiant. La pose montre un individu déterminé et franc : il regarde droit vers l’objectif, sûr de lui et interrogateur à la fois.

Mais il est aussi saisi au moment déterminant de sa vie, où il va choisir sa vocation d’écrivain et forme le projet de l’une des œuvres majeures et fondatrices de la littérature moderne : le roman Ulysse, publié en 1922.

Gisèle Freund, Portrait de James Joyce pour le magazine Time, 1939

La grande photographe et sociologue allemande, proche de toute l’avant-garde parisienne photographie le grand barde de la modernité Joyce, juste avant son installation à Zurich, où il mourra prématurément deux ans plus tard. Il est dans sa bibliothèque, « lieu naturel » de l’écrivain.

Il est alors myope, presque aveugle, comme… Homère ! C’est ainsi que la photographe le saisit dans son effort de lecture, le front plissé. C’est l’une des toutes premières fois qu’on utilise la photographie en pellicule de couleurs. Cette photographie sera utilisée pour une couverture du magazine américain Time, le 8 mai 1939, alors qu’il vient de publier Finnegan’s Wake, le 4 mai.

Portrait d'Homère du « type d'Épiménide », d'après une copie romaine d'un original grec du Ve siècle av. J.-C

Portrait d’Homère du « type d’Épiménide », d’après une copie romaine d’un original grec du Ve siècle av. J.-C

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