Signes en relief

 

A. Kushe, couverture de catalogue de caractères en bois, 1900

A. Kushe, couverture de catalogue de caractères en bois, 1900

Diaporama en powerpoint : 3e_Sujet1_en-relief

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On appelle relief ce qui dépasse légèrement d’une surface par opposition à la ronde-bosse, dit le glossaire. Il s’agit alors du relief réel, en sculpture, dans les trois dimensions de l’espace. Ici, nous nous intéressons au relief suggéré sur une surface en deux dimensions, par des moyens graphiques et picturaux, le dessin et la couleur.

COMMENTAIRE DU DIAPORAMA :

Charles Demuth, The figure 5 in gold, 1928

Charles Demuth (1883-1935) est un peintre américain, membre du groupe artistique précisionniste. Il s’intéresse aux sujets et aux formes de la vie moderne, alors en plein essor. En cela, il préfigure le pop art. Il utilise un réalisme épuré, inspiré du cubisme. L’œuvre présentée ici mêle un caractère typographique, le 5, à une forme de machine, en rouge, et au paysage urbain, au fond ; soit les thèmes principaux de la modernité : l’univers visuel envahissant de la publicité et des médias, la technique et la grande ville.

L’effet de relief est rendu par le jeu de tailles différentes données à la répétition du chiffre 5. En effet, sa disposition géométrique est interprétée par le regard comme un alignement d’objets de même forme, qui seraient de même taille dans le réel, vu en perspective, à la fois dans la profondeur et en relief, comme s’il venait vers nous. L’effet de relief tient à la forme dessinée : le grand 5 apparaît devant, au premier plan, parce que son contour coupe la forme rouge et le fond. Le contour de la forme rouge coupe ceux des formes du fond, qui évoquent des immeubles et des lampadaires : cette forme, évoquant une machine, apparaît dans le plan intermédiaire entre le chiffre et la scène urbaine. D’autre part, l’artiste utilise ici rigoureusement une graduation de la couleur chaude du jaune doré à la couleur froide gris bleuté foncé du fond, en passant par le rouge, couleur intermédiaire chaude et froide en même temps, placé entre les deux. Chacune de ces trois couleurs est nuancée par zones obliques, parfois rayonnantes à partir du centre, que l’on peut voir comme des rayons de lumière et des reflets, qui renforcent l’effet dynamique de l’ensemble.

La correspondance entre le jeu des formes et l’emploi des couleurs donne ainsi son plein effet à la sensation de relief.

Edward Rusha, Grand écusson avec huit phares, 1962

Edward Ruscha (né en 1937) est un artiste américain, initiateur du pop art et de l’art conceptuel. Le pop art puise ses sujets dans la culture commerciale, de masse et populaire, du monde moderne. Ici, il prend pour modèle l’emblème bien connu de l’une des plus grandes compagnies de production cinématographique d’Hollywood. Le nom de cette compagnie lui permet aussi d’affirmer que son œuvre est de son temps, au présent : le XXe siècle.

20th_Century_Fox_Logo.svg - copie

Edward Ruscha a reproduit à la main le logo d’origine (ci-dessus) de la compagnie et en a prolongé la perspective jusqu’au bout de l’angle du tableau. C’est une reproduction qui se présente comme se voulant exacte. Mais, on observe des maladresses dans l’aplomb donné à la « façade » et dans la moindre épaisseur des caractères. En tout, cas, en exagérant la perspective, l’artiste a voulu souligner la dimension monumentale que la compagnie voulait se donner en représentant son nom par des formes architecturales. La perspective est un instrument de représentation privilégié des architectes, pour mettre en valeur de façon réaliste les meilleurs aspects des bâtiments créés par eux. C’est à la fois un outil du projet, mais aussi un moyen de sa promotion auprès des clients et du public. L’effet de relief, déjà présent dans le logo de la compagnie et exagéré par Ruscha, est ici destiné à impressionner le spectateur en s’imposant à lui par une mise en avant insistante.

Edward Rusha joue des mêmes couleurs de base, chaude, froide et intermédiaire, jaune, bleu et rouge, que Demuth, ci-dessus, mais de façon délibérément simplifiée. Le dessin prend alors plus d’importance et le relief est contrarié par des aplats de couleur, l’aspect purement linéaire de la perspective. Le décentrement de la figure, tout en semblant projeter en avant le logo, du côté que l’on regarde spontanément en premier, en suivant le sens de la lecture, la ramène à la surface du tableau par l’étirement des lignes qui se rejoignent à l’angle opposé en bas et le grand triangle bleu au-dessus.

Ce jeu visuel contradictoire, entre l’effet de relief et son aplatissement, associé aux fausses maladresses, produit un rapport distancié et ironique aux prétentions dominatrices exprimées par le logo de la compagnie hollywoodienne de cinéma.

Joe Tilson, OH !, 1963

 Joe Tilson est un artiste britannique, qui a appartenu au courant du pop art. Le pop art est né simultanément aux États-Unis et en Grande Bretagne et fut le nom de deux mouvements artistiques indépendants, bien qu’ils aient eu en commun le même intérêt pour la culture commerciale, de masse et populaire.

L’œuvre est ici une boîte de bois fabriquée par l’artiste. Il l’a fermée en haut avec une planche, sur laquelle il a peint les deux points d’exclamation, et l’a laissée ouverte en bas, où il a fixé les lettres OH et un autre point d’exclamation, qui sont découpés dans du bois. Nous avons, en haut, des formes représentées qui apparaissent en relief par illusion, tandis qu’en bas, le relief est réel. Mais, en haut, le fond peint contredit l’illusion de relief : il est blanc, plus clair que les figures qui apparaissent devant, et ne couvre pas entièrement la surface de bois non préparée, qui apparaît à nu sur les bords. De plus, la couleur des lettres peintes se rapproche de celle du bois. Ainsi, la mise en évidence de la surface fait-elle clairement apparaître la représentation du relief comme une illusion, un trompe l’œil.

Il s’agit, comme chez Edward Rusha, de mettre ironiquement à distance les moyens visuels de la communication, dont la naïveté est d’ailleurs soulignée par celle de l’exclamation qui est représentée ; une façon de rappeler que la culture commerciale tient son pouvoir de persuasion de la manipulation d’émotions de base irréfléchies. Mais cette ambiguïté critique est aussi la mise en évidence des pouvoirs de l’art, de sa liberté et de sa complexité.

P. Fleury, détail d'une planche du Nouvel Album de Lettres Peintes, 1903

P. Fleury, détail d’une planche du Nouvel Album de Lettres Peintes, 1903

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A propos Pascal Rousse

Je suis docteur en philosophie, professeur certifié d'arts plastiques en collège à Paris et chercheur indépendant. Mes recherches en philosophie de l'art portent sur le cinéaste soviétique Serguei M. Eisenstein, le montage et le modernisme.
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