La préhistoire. Habitation et architecture

Cairn de Gavrinis, Morbihan, entrée

Cairn de Gavrinis, Morbihan, entrée

Cairn de Gavrinis, vue aérienne

Cairn de Gavrinis, vue aérienne

Diaporama en PowerPoint : 4_Préhistoire_architecture

Diaporama en PDF :  4_Préhistoire_architecture

COMMENTAIRE DU DIAPORAMA :

Mézine, Ukraine, -15000 ans AP

Ces habitations comptent parmi les premières traces connues d’habitat humain construit en dehors des grottes naturelles. Des traces un peu plus anciennes furent trouvées à l’intérieur de grottes, qui consistent en couvertures de peaux soutenues par des poteaux. On n’y voit pas de souci évident pour la forme, mais seulement une organisation de la vie.

, en revanche, les traces montrent qu’il y a d’autres préoccupations. Les pierres disposées en cercle marquent les limites, le plan, de la tente et servent probablement à l’ancrer au sol. Les crânes et les défenses de mammouth peuvent également servir à renforcer l’armature de l’extérieur et, par exemple, à empêcher que la couverture ne s’envole. Mais leur présence et leur disposition peut s’expliquer encore autrement. On le voit d’après la reconstitution effectuée par les archéologues, ces ossements d’animaux avaient aussi une fonction ornementale.

De plus, tout ce qui est beau, ou impressionnant, et précieux était probablement associé au sacré. On a retrouvé dans de nombreuses grottes des traces de rituels auxquels sont associés des ossements d’animaux. Dans toutes les sociétés traditionnelles connues, les ornements ont une fonction mythologique et magique : la maison est ainsi associée aux puissances surnaturelles fondatrices et obtient leur protection. C’est probablement le cas ici.

Ce dépassement des fonctions naturelles d’abri, de clôture et de protection fait qu’il y a architecture.

Göbekli Tepe, Turquie, -11500 -10000 ans AP

Ce site est le plus ancien temple (ou complexe religieux, car il y a plusieurs salles) connu. Il précède de plusieurs milliers d’années les civilisations de Sumer et de l’Égypte. Ici, la qualité architecturale est manifeste. Cet édifice n’a d’autre usage que religieux et il a fallu fournir un effort considérable, d’une durée estimée à trois siècles, pour le construire. Compte tenu des moyens techniques de l’époque (pas d’instruments de levage), cet ouvrage a dû mobiliser un très grand nombre de personnes et demander un sens de l’organisation très poussé.

La structure porteuse est faite de très grands blocs de calcaire taillés, levés et souvent sculptés, pesant chacun environ 5 tonnes. Ces blocs sont disposés de façon régulière, formant un cercle dans les salles principales. On remarque aussi un bloc au centre dans l’une des salles. La régularité, la symétrie, le soin apporté à la taille des piliers souvent ornés de sculptures, mais aussi la dimension de l’ensemble, ne laissent pas de doutes sur l’intention architecturale, c’est-à-dire artistique, dans ce bâtiment.

Cairn de Gavrinis, galerie et stèles gravées, -7000 ans AP

Ici, nous avons un exemple plus récent et situé en France, en Bretagne. C’est un monument exceptionnel de la culture des mégalithes.

D’après certains archéologues, cet édifice aurait servi à la fois de sépulture et de temple. Il est construit selon le principe du dolmen : une double rangée de pierres levées aboutissent à une chambre à peu près carrée, de même construction, le tout étant recouvert de dalles de pierre. Le sol est pavé. La dalle qui couvre la chambre carrée est issue d’un menhir géant, le Grand menhir brisé d’Er Grah. Le tout est recouvert d’une masse de pierres soigneusement assemblées à sec. La grande qualité qualité constructive de ce tumulus en a permis la conservation jusqu’à nos jours. Cette technique est encore pratiquée de nos jours pour les cabanes en pierre sèche.

La qualité et la complexité des ornements est remarquable. Ceux-ci sont composés d’un ensemble de formes et emblèmes de base que l’on retrouve sur d’autres monuments de la même culture : « écusson », hache, crosse, « corniforme », arc (l’arme), drapé ou « serpentiforme », « spiralé », chevrons, etc. (je renvoie pour le détail au site Mégalithisme en Morbihan). Ces formes sont souvent combinées, voire entremêlées. Est-ce une forme d’écriture ? On l’ignore. Mais il est plus probable que ce soit un système de pictogrammes servant de support à la narration mythologique. Étant donné la dureté des pierres employées, granit et quartz, ce travail de gravure sur l’ensemble des parois intérieures du dolmen représente un effort considérable.

Comme dans le cas de Göbekli Tepe, un tel effort collectif implique des enjeux de première importance, sociaux, politiques et symboliques. L’architecture, par-delà la simple construction d’un abri, représente ainsi la synthèse de ces enjeux. Le soin apporté à la construction a généralement pour but la beauté, mais aussi la durée. On recherche aussi la régularité, parfois la complexité, dans la disposition des éléments visibles et les ornements. Enfin, l’effort exceptionnel consenti pour y aboutir est en soi une forme de sacrifice, au sens pleinement religieux de ce terme.

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A propos Pascal Rousse

Je suis docteur en philosophie, professeur certifié d'arts plastiques en collège à Paris et chercheur indépendant. Mes recherches en philosophie de l'art portent sur le cinéaste soviétique Serguei M. Eisenstein, le montage et le modernisme.
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