Art contemporain 2 – espace, matière, figure

Jackson Pollock, Sans titre (O’Connor-dégel 771), vers 1953

Diaporama en PowerPoint : 2_Art_contemporain_Pollock-Dubuffet

Diaporama en PDF : 2_Art_contemporain_Pollock-Dubuffet

COMMENTAIRE DU DIAPORAMA :

Jackson Pollock, exposition à la galerie Betty Parsons photographiée par Hans Namuth, 1950

L’une des toutes premières expositions de Jackson Pollock, dont il conçut lui-même l’accrochage. On se rend compte que ses œuvres prennent leur pleine dimension ensemble dans l’espace de façon à créer ce que l’on appellera plus tard un environnement. Les peintures sont aux dimensions des murs, qu’elles recouvrent presque entièrement. Le spectateur fait ainsi l’expérience d’une immersion dans la peinture qui fait désormais partie physiquement du même espace que lui. Son corps est impliqué en même temps que son esprit dans l’expérience, qui a lieu au présent.

C’est le dépassement de la peinture comme « fenêtre ouverte sur le monde » (définition attribuée à Alberti), mais aussi comme ouverture sur un « autre monde ». Le seul précédent, qui inspira Pollock, était l’ensemble des Nymphéas de Monet créé pour l’Orangerie des Tuileries.

Futura, History of Spray Painting 4, 159 x 121 cm, 1989

Cette peinture montre comment les artistes issus du graffiti se sont approprié les procédés de composition et de mise en valeur du geste inventés par Jackson Pollock et l’expressionnisme abstrait. Ici, les tracés à la bombe de peinture n’écrivent plus un nom ou un message et ne représentent plus rien qu’eux-mêmes. Mais, là où Pollock sature la surface de la toile, Futura investit les bords.

Jackson Pollock s’inspirait du muralisme mexicain et a travaillé pour des programmes d’État pour l’ornement de l’espace public. Il est donc normal que des artistes du graffiti, pour lesquels le geste expressif est aussi particulièrement important, aient étudiés sa technique.

Le titre affirme ironiquement la contribution des graffeurs à l’histoire de l’art.

Jean Dubuffet, Métro, 1943

C’est un peintre français plus âgé, mais les œuvres qui l’ont fait connaître sont contemporaines de celles de Pollock. Dubuffet marque un retour majeur à la figure à un moment où l’abstraction est devenue dominante dans l’art moderne. De plus, il s’intéresse aux modes d’expression populaire, comme les dessins d’enfants, les estampes naïves, ou l’art des fous et des marginaux.

Ici les contours à gros traits, la schématisation des figures humaines, feignant la maladresse, renvoie aux almanachs, aux vieilles enseignes peintes des fêtes foraines et des cafés, etc.

Le jeu des lignes et des couleurs abolit la profondeur, remplacée par un compartimentage qui structure la composition colorée. La peinture paraît grossièrement appliquée.

Le sujet est trivial, renvoyant au quotidien de chacun, tellement banal et, par là, intemporel, qu’il ne retient aucune trace de la période traversée : la guerre et l’occupation allemande.

Jean Dubuffet, La Route aux hommes, 1944

Comme dans la peinture précédente, la profondeur est abolie. Le champ représenté, avec ses chemins, ses figures qui le parcourent, est rabattu sur le plan pictural. C’est-à-dire que le sol figuré, qui dans la réalité est horizontal, apparaît ici vertical et coïncidant avec la surface du tableau. Même la petite bande de ciel se perçoit non comme ce qui est au loin, mais comme ce qui est en haut : en haut du tableau !

Ainsi, en dépit de leurs profondes différences, nous pouvons relever des points communs entre Dubuffet et Pollock : le passage de l’horizontale à la verticale (Dubuffet peindra des œuvres abstraites avec d’épaisses croûtes de terre), la coïncidence entre l’espace suggéré par la peinture et sa surface, c’est-à-dire une stricte bidimentionnalité (« planéité » dira le critique d’art Clement Greenberg), dans laquelle les lignes, les entrelacs, jouent un rôle notable.

Jean Dubuffet, Monsieur Macadam, 1945

Le titre affirme, avec un comique enfantin, cette coïncidence entre la figure et ce sur quoi elle se tient d’ordinaire debout, dans la réalité : le sol ; coïncidence entre verticale et horizontale, dont l’opposition est ainsi déjouée. Dubuffet s’oppose avec véhémence aux prétentions « élevées », donc verticales et ascensionnelles, de la culture (on dit d’ailleurs « haute culture »). Il veut montrer l’être humain au plus près de la terre au point de se confondre avec elle. M. Macadam est littéralement dessiné dans du goudron, dans la matière dont on fait les routes.

Ce caractère à la fois dérisoire et familier de la figure humaine entre cette fois plus explicitement en résonance avec ce que la guerre aura dévoilé de la condition humaine.

Publicités

A propos Pascal Rousse

Je suis docteur en philosophie, professeur certifié d'arts plastiques en collège à Paris et chercheur indépendant. Mes recherches en philosophie de l'art portent sur le cinéaste soviétique Serguei M. Eisenstein, le montage et le modernisme.
Cet article, publié dans troisièmes, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s