La préhistoire 2 – art pariétal et rupestre

Main en négatif, grotte du Pech Merle (France), -25 000 ans AP

Diaporama en PowerPoint : 2_Préhistoire_Art pariétal et rupestre

Diaporama en PDF : 2_Préhistoire_Art pariétal et rupestre

L’art pariétal et rupestre, c’est l’ensemble des peintures préhistoriques exécutées sur de la roche. L’art pariétal se trouve à l’intérieur des grottes, l’art rupestre se trouve en plein air.

COMMENTAIRE DU DIAPORAMA :

Marquer sa présence dans le monde (New York, 1974)

Ce jeune homme exécute un « tag » (se traduit : « étiquette », « marqueur », « balise ») à la bombe sur un mur du métro de New York. Marquer durablement sa présence dans le monde est sans doute une des premières motivations des humains pour l’art, dès la préhistoire.

Grotte Chauvet, bisons, – 31000 ans AP

Une des plus anciennes grottes peintes connues. On reconnaît ici un bison, qui semble s’allonger en un second contour. Ce genre de superposition, sans souci de représenter la profondeur réelle, est très fréquent avec l’art préhistorique. Le bison est, en revanche, remarquablement dessiné. Le relief de la paroi est habilement utilisé pour mettre en valeur la bosse de l’encolure. Celle-ci peut être vue comme le siège de la force de l’animal, qui fascinait les hommes, sans doute comme une puissance « surnaturelle ».

Autre caractère remarquable : la double perspective. Le corps et la tête sont représentés de profil, mais les cornes apparaissent de face.

Grotte de Lascaux, Grande vache noire, – 18000 – 17000 ans AP

Cette vache est très belle, mais il y a quelque chose qui cloche : la tête est très petite par rapport au corps. Si l’on admet que les artistes de l’époque étaient pourtant habiles, comment l’interpréter ? C’est le corps qui est mis en valeur, tout particulièrement le ventre. Pourquoi ? La plupart des archéologues sont d’accord pour expliquer l’art préhistorique en fonction de la chasse et de la magie/religion. Le corps de la vache, c’est de la viande, de la nourriture. Mais c’est aussi une réserve de force et de fécondité, probablement d’origine « surnaturelle ». En tout cas, cette disproportion marque l’importance donnée à une partie de l’animal.

Grotte de Lascaux, salle des taureaux, – 18000 – 17000 ans AP

On voit à nouveau une superposition de figures, sans grand souci de la vraisemblance de l’échelle. Les plus petites sont « devant », les plus grandes « derrière ». On remarque la couleur ocre : sur le dos de la vache et sur les chevaux derrière.

Mais le groupe de petits chevaux en bas est remarquable par la vivacité avec laquelle le mouvement est rendu : on a vraiment l’impression de les voir courir. Il s’agit sans doute de représenter un troupeau. Pourtant, il n’a pas dû échapper au peintre qu’on pouvait aussi y voir un même cheval qui apparaît et s’éloigne à travers trois positions successives. On dirait déjà du cinéma !

Chasse aux cerfs, Chavalls, Espagne, – 8000 ans AP

Voici un exemple plus récent. C’est de l’art rupestre, trouvé sur une falaise en Espagne. On sait que le style s’apparente à ce qui se trouve aussi en Afrique.

la figure humaine, presque inexistante dans les exemples précédents, est ici bien présente. Il s’agit d’une scène de chasse où l’humain commence à se trouver à égalité devant l’animal. La chasse est montrée comme une activité dangereuse : on voit un chasseur en haut se renverser en arrière, après avoir été bousculé par une bête.

Le rendu du mouvement est, là aussi, très vif. Il s’agit d’un troupeau de cerfs en train de charger. Ils surgissent probablement d’une forêt : on ne voit en effet que la moitié avant du corps de certains, ou juste une tête. Le relief de la paroi suggère ainsi les arbres.

Joseph Beuys, Cerf, chlorure ferreux et crayon sur papier, 1957

Comme beaucoup d’artistes modernes, qui se sont tournés vers d’autres modèles que l’antiquité grecque et romaine, Joseph Beuys, artiste allemand, s’est intéressé de près à l’art préhistorique.

Ici, il a trouvé un équivalent de la couleur ocre, si importante, avec le chlorure ferreux qui, comme son nom l’indique, contient du fer : d’où cette couleur de rouille, qui ressemble à l’ocre.

Keith Haring, 1982

L’art préhistorique fait des sortes de symboles : il crée des formes typiques qui représentent des choses particulièrement importantes pour la vie des humains. Ces formes prennent alors une signification expressive, émotionnelle : une sorte de langage en images. Les animaux ainsi représentés étaient probablement investis d’une puissance « surnaturelle », magique, aux yeux des humains de ce temps. Ces images permettent alors de relier le visible, les animaux réels et vivants que l’on chasse, à l’invisible, les « forces supérieures » qui les animent.

Les artistes modernes vont réapprendre des arts préhistoriques et « premiers » à relier le visible, les choses qui les intéressent ou les préoccupent, à l’invisible des émotions qu’ils ressentent, de la signification qu’ils donnent à ces choses et qu’ils veulent communiquer à d’autres.

C’est ici ce que fait Keith Haring, en créant des pictogrammes qui se rapportent à sa vie à New York dans les années 80 du XXe siècle. C’est la période de l’émergence du « hip-hop » et du graffiti, mouvement auquel cet artiste participe : il fera ses débuts comme « graffeur », dans la rue.

Keith Haring, vers 1982

En un certain sens, le mouvement du graffiti et du « street art » (art de rue), retrouve l’expression murale directe qui fut celle des premiers artistes lors de la préhistoire et qui fut toujours celle des aborigènes d’Australie ou des Indiens d’Amérique, par exemple.

Ici, l’œuvre de Keith Haring est présentée sur papier dans une galerie, mais elle s’apparente à celles qu’il fit sur des murs et qui ont peut-être disparues.

A. R. Penck

Cet autre artiste allemand s’est toujours réclamé de l’art préhistorique, qu’il interprète également comme un langage de pictogrammes, une sorte de retour à l’état premier de l’art. Ce n’est pas lui que l’on voit sur la photo, mais on peut ainsi se rendre compte de la taille de la toile, grande comme un mur.

Publicités

A propos Pascal Rousse

Je suis docteur en philosophie, professeur certifié d'arts plastiques en collège à Paris et chercheur indépendant. Mes recherches en philosophie de l'art portent sur le cinéaste soviétique Serguei M. Eisenstein, le montage et le modernisme.
Cet article, publié dans sixièmes, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour La préhistoire 2 – art pariétal et rupestre

  1. fultrix dit :

    « L’art pariétal se trouve à l’intérieur des grottes, l’art rupestre se trouve en plein air. »
    Cette utilisation de ces deux mots n’est pas toujours aussi tranchée.
    J’ai été confrontée à ce problème dans cet article :
    http://calamiite.wordpress.com/2011/04/29/petit-cours-de-linguistique-appliquee/
    Pourriez-vous me citer vos sources pour affiner leur définition ?
    Merci d’avance.

    • Pascal Rousse dit :

      Effectivement, une grande imprécision se constate encore dans l’usage de ces mots, même chez de grands spécialistes de la préhistoire. Mais nous avons aujourd’hui besoin de faire cette distinction, à mesure que notre capacité d’appréciation des différences s’affine. Et de fait cette distinction, qui est de convention, est de plus en plus largement admise. Ce sont les raisons pour lesquelles je la fais mienne.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s